Il est l’heure du bilan de cette première année.

Dehors, le vent et la pluie font rage. Décembre et janvier parcourent l’alphabet au gré des tempêtes : Ana, Bruno, Carmen et Eléanor ont visité le jardin avec leurs gros sabots (Dylan, lui, s’est cantonné aux îles britanniques)… Courber l’échine et attendre que ça passe bien au chaud dans notre moulin dans lequel nous avons emménagé il y a exactement un an après 6 mois de travaux. La grosse chaudière à bois déchiqueté (qui chauffe plusieurs bâtiments avec le bois d’ici) fonctionne à merveille (grâce à la vigilance quotidienne de mon beau-père), elle chauffe même l’eau sanitaire grâce à un serpentin dans le chauffe-eau. Le dernier chantier d’isolation à la ouate de cellulose est fini : onéreux mais plus écologique, plus efficace bien plus longtemps que cette cochonnerie de laine de verre. La chambre d’amis n’est plus un frigo, vous pouvez venir ! Et la dernière pièce de la maison est finie : les toilettes sèches dont je ne suis pas peu fière. Il ne me reste plus qu’à mettre en place la taxe dans les toilettes à eau pour toute personne qui préférera dépenser 6l d’eau potable plutôt qu’une demi-louche de sciure pour gérer ses besoins…

Mon contrat avec la CIAP, coopérative d’installation en agriculture paysanne a touché à sa fin le 31 décembre. Son équipe – Arnaud puis Maëlys, Simon, Muriel et les autres- m’accompagne depuis mon arrivée en Anjou. D’abord par le portage d’activité : j’ai pu, par le truchement de la CIAP, lancé mon activité (investissements et ventes) sans création d’entreprise et tout en touchant mes indemnités chômage, sur l’espace-test à Durtal (et me permettre de vendre des légumes à la Biocoop de la Flèche) puis dans mon jardin de la Virevolte à Longué. Pour installer mon outil de production : tunnels, matériel d’irrigation, la CIAP m’a accordé un prêt court terme. A la fin, je dois racheter mes investissements défalqués des amortissements. Une facture avec un pourcentage sur mon volume d’affaires et un coût de fonctionnement annuel me sera adressée courant janvier… Nous faisons également la différence entre les charges et les ventes : le résultat est positif et m’ a été reversé en salaire.

Inspecteur carotte et sergent betterave
Pour une pause pendant la lecture. Illustration de mon fils Ambroise, sa vision de la bio. Arrestation d’un bidon de pesticide par l’Inspecteur Carotte !

La CIAP c’est aussi le « stage paysan créatif » : un an pour se former en sessions mensuelles collectives, pour travailler sur son projet, construire son réseau local, en stage chez des maraîchers référents. Céline à la Ferme des Hauts Champs, Denis et Vincent au GAEC des Goganes ont été une aide précieuse et le sont toujours : je sais que je peux les appeler quand j’ai une question sur la production, la commercialisation ou autre. C’est très rassurant. Et ce sont de belles rencontres. Dans ma commune, il reste encore beaucoup à faire pour améliorer mon réseau professionnel et de clientèle, je dois être patiente. Deux autres maraîchers bio sont déjà installés ici, avec des structures plus importantes et plus anciennes que la mienne. Je ne cherche pas à me mesurer à eux, simplement à faire ma place, avec mes convictions (sol vivant, semences non hybrides, pas d’achat/revente – en tout cas pour l’instant) et mes contraintes (peu d’expérience, un seul « ETP ». Vous ne savez pas ce que c’est ? C’est du jargon de l’administration agricole : « équivalent temps plein ». Bref, c’est pour dire que je travaille seule)…

Sortir de la CIAP signifie aussi que j’ai fini le parcours du combattant entamé l’hiver dernier : le parcours d’installation de la Chambre d’agriculture pour réaliser mon PE, plan d’entreprise qui est soumis sous forme de document CERFA à la CDOA, commission départementale d’orientation de l’Agriculture. Un PE, c’est un plan de conduite d’entreprise qui montre qu’on peut se tirer un salaire décent (le SMIC) au bout de 4 ans. En récompense de ce document exemplaire, on vous verse la DJA, dotation jeune agriculteur. Pour cela, il faut avoir moins de 40 ans et une banque qui vous accompagne… Moi, j’ai droit à 25000€. Cool. J’attends toujours la réponse officielle mais cela ne m’a empêché de déposer ma demande de SIRET auprès du CFE (centre de formalité des entreprises). J’ai mon nom sur verif.com, la classe ! J’ai également obtenu « l’autorisation d’exploiter » nécessaire à tout agriculteur et attribué par des gens dans un bureau quelque part et totalement injoignables… De plus, comme j’ai rempli les conditions d’ancienne chômeuse et les bonnes cases pour le prouver, l’aide ACCRE m’a été accordée : l’exonération d’une partie des cotisations MSA la 1ère année. Cool. Qui reporte d’autant celles qui me sont accordées en tant que JA. Attention, je suis JA mais pas JA. Entendez, je suis paysanne de moins de 40 ans (pour encore quelques mois) mais je ne suis pas inscrite aux JA, le syndicat des Jeunes Agriculteurs affiliés à la FNSEA. Eux, ce sont les méchants qui veulent pas qu’on touche au glyphosate, qui disent qu’en France on fait de la nourriture de qualité (en étant le 2è Etat le plus consommateur de pesticides en Europe, cherchez l’erreur…). Certains d’entre eux, ce sont aussi les pauvres bougres qui gagnent moins de 350€/mois, écrasés par les dettes et par plus méchants qu’eux – leurs commanditaires, les banques, les techniciens etc.

Bref. Tout ne se passe pas au jardin. Une partie de l’énergie est mobilisée sur ces questions administratives. Parfois pour la bonne cause, parfois pour le maximum d’emmerdements.

Allez, voici quelques photos légendées de mon passage ce soir au rayon « bio » (guillemets obligatoires) de l’hypermarché de la commune qui soit dit en passant lance une grande consultation auprès de leurs clients pour améliorer leur service. La seule idée qui m’est venue en pensant au centre-ville tout proche sans vie : Fermez vos hangars moches, fichez vos caddies à la ferraille, faites sauter le bitume de vos parkings à la dynamite !

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Elle est pas bonne mon idée pour 2018 ? Rasons toutes les zones commerciales de France, youpi ! Et venez faire vos courses dans les fermes bio sans guillemets.

 

 

Topette !

 

Publicités